Asteria

Portrait de Charlotte Allibert, co-fondatrice d'Asteria

Portrait de Charlotte Allibert, co-fondatrice d'Asteria

Certains parcours se construisent autour d’une idée simple : trouver un métier qui a du sens. Pour Charlotte Allibert, cette évidence s’est dessinée autour des livres. Aujourd’hui cofondatrice d’Asteria, nouvelle agence littéraire créée dans la continuité de Librinova, elle poursuit une aventure commencée il y a plus de quinze ans, qui repose autour de plusieurs piliers : accompagner les auteurs, révéler des talents, et imaginer de nouvelles façons de faire vivre les histoires.

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Les débuts d’une vocation

Rien ne semblait écrit d’avance. Diplômée d’HEC, Charlotte choisit, en dernière année, la majeure “Entrepreneurs”. À sa sortie de l’école, elle s’interroge : ses expériences professionnelles précédentes ne l’ont pas réellement convaincue, si bien qu’elle ressent le besoin de trouver un projet qui réponde à sa véritable envie. “Je me posais beaucoup de questions car je n’avais pas beaucoup aimé mes stages. J’ai réfléchi à ce qui me faisait vraiment vibrer car je me rendais bien compte que j’avais besoin de sens dans mon travail. La réponse est venue assez vite : les livres.”

C’est une rencontre qui va alors ouvrir la première page de son parcours dans l’édition. Philippe Robinet, aujourd’hui PDG des Éditions Calmann-Lévy, que Charlotte avait rencontré durant ses études, la met en relation avec Vincent Barbare, alors dirigeant des Éditions First-Gründ. À cette époque, la maison cherche justement quelqu’un pour développer une activité encore nouvelle : le livre numérique.

Le pari du numérique

En avril 2010, Charlotte rejoint donc First-Gründ comme stagiaire, avant d’être rapidement embauchée en CDI. Elle découvre un secteur en pleine transformation, et un univers qui correspond parfaitement à son tempérament : celui de l’innovation. “Le livre numérique en était à ses balbutiements et j’avais toute latitude pour expérimenter plein de choses.”

Au sein des Éditions First-Gründ, puis du groupe Edi8 (qui rassemble notamment Plon, Perrin, les Presses de la Renaissance, First, Gründ, Tana, Dragon d’or, Les Escales, etc.), Charlotte participe à la mise en place des outils de création de livres numériques. Elle repense les contrats, et contribue à construire les premières stratégies commerciales et marketing autour de ce nouveau format.

Très vite, le numérique devient pour elle bien plus qu’un canal de diffusion. Il ouvre une réflexion plus large sur l’accès à l’édition et sur tous ces auteurs qui, malgré la qualité de leurs textes, ne trouvent pas toujours leur place dans le système traditionnel.

Une rencontre qui change tout

C’est aussi chez First-Gründ que Charlotte rencontre Laure Prételat. Une rencontre professionnelle qui deviendra une aventure entrepreneuriale et humaine. “ça fait 16 ans que je travaille avec elle et je n’ai jamais travaillé avec personne d’autre !”, raconte Charlotte.

Toutes les deux partagent le même enthousiasme pour les livres, la même curiosité et le même goût des nouvelles idées. Lorsque Laure lui parle un jour de l’autoédition (après avoir découvert ce phénomène aux États-Unis), Charlotte se laisse rapidement convaincre.

Au départ, ce qui n’est qu’une réflexion devient une intuition. Puis une évidence.

Pendant deux ans, elles construisent leur projet tout en continuant à travailler dans l’édition. En janvier 2013, elles décident de se lancer. À la fin de la même année, Charlotte quitte son poste pour créer Librinova avec Laure.

L’aventure commence officiellement en 2014.

Pour elles, l’objectif est clair : associer la connaissance du monde éditorial aux opportunités offerte par le numérique. Le tout, pour donner une nouvelle chance aux auteurs. “Créer Librinova avec Laure est devenue une évidence, l’association de la tradition et de la modernité au service des auteurs et des livres”, explique Charlotte.

Dénicher les voix de demain

Douze ans plus tard, Asteria s’inscrit dans la continuité naturelle de cette histoire. Cette nouvelle étape répond à une ambition complémentaire : accompagner les auteurs dans leur passage vers l’édition traditionnelle et défendre leurs projets auprès des éditeurs.

En compagnie de Laure, Charlotte travaille aujourd’hui au développement de l’agence. Elle imagine les services proposés aux auteurs, elle définit son positionnement, elle développe des partenariats, et elle construit un réseau solide avec les éditeurs.

Pourtant, son quotidien reste avant tout guidé par ce qui l’a toujours animée : lire et rencontrer des gens passionnés par les histoires. “C’est un métier dans lequel il faut lire et rencontrer des gens : deux des choses que je préfère dans la vie !”

Une partie essentielle de son travail consiste ainsi à chercher de nouvelles voix. Charlotte effectue une veille constante sur les réseaux sociaux, dans la presse et dans les différents espaces où émergent aujourd’hui les auteurs. Elle lit, échange, découvre des univers cherche ces textes qui pourraient trouver leur place chez Asteria.

Une recherche guidée par le romanesque

Les goûts littéraires de Charlotte reflètent naturellement sa curiosité. Elle aime la littérature contemporaine sous toutes ses formes, des romans historiques en passant par les polars ou les thrillers, mais aussi certains textes d’imaginaire ou de romance. Ce qui compte avant tout n’est pas seulement le genre : c’est la capacité d’un livre à embarquer son lecteur. “J’aime avant tout le romanesque : les romans qui emportent, qu’on a envie de lire sans cesse, dans la rue, le soir tard, y compris quand Netflix nous appelle.”

Lorsque Charlotte ouvre un manuscrit, les premières pages sont déterminantes. Pour elle, un bon début ne doit pas chercher artificiellement à séduire : il doit immédiatement créer un lien avec le lecteur. “De bonnes premières pages nous plongent directement dans l’histoire et/ou les personnages.”

Une vision du métier construite au fil des rencontres

Parmi les moments qui ont marqué son parcours, Charlotte cite spontanément une découverte faite au début de sa carrière : Les Fedeylins, la tétralogie de Nadia Coste. L’histoire de cette série est particulièrement symbolique pour elle : le texte avait été découvert sur le blog de l’autrice avant d’être publié par un éditeur jeunesse. À l’époque, cette manière de repérer un talent était encore très novatrice.

Cette expérience lui révèle une dimension essentielle du métier d’éditrice : savoir chercher les pépites là où on ne les attend pas forcément. “Le métier d’éditeur consistait aussi à dénicher des pépites, à aller les chercher là où on n’allait pas forcément naturellement.”

Une conviction qui résonne aujourd’hui encore dans son approche avec Asteria.

Asteria, une nouvelle page dans une histoire déjà engagée

Pour Charlotte, défendre un auteur ne repose pas uniquement sur un coup de cœur. Le texte doit également rencontrer les attentes des éditeurs, proposer une voix singulière et révéler un potentiel d’œuvre.

Le manuscrit idéal ? “Un livre que j’ai adoré, sur un thème pas trop traité dans la littérature, qui soit moderne dans son style et le traitement du sujet, avec un auteur ou une autrice investie, chez qui on sentirait déjà une voix particulière qui ne demande qu’à se développer pour construire une œuvre.”

Avec Asteria, Charlotte poursuit finalement le même engagement depuis ses débuts : créer des passerelles entre les auteurs et les lecteurs, accompagner les nouvelles voix, et permettre aux histoires fortes de trouver leur chemin.

Si l’aventure Asteria est née d’une rencontre, elle est aussi et surtout portée par une passion intacte pour les livres, et guidée par une conviction simple : derrière chaque grande histoire, se cache peut-être un auteur qui attend simplement qu’on lui donne sa chance...